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- Le Programme de Surveillance d’Alerte et de Gestion des épidémies

LE PROGRAMME DE SURVEILLANCE,
D’ALERTE ET DE GESTION
DES EPIDEMIES DE DENGUE

1/ Préambule :

La dengue est actuellement l’arbovirose la plus répandue dans le monde. Les deux cinquièmes de la population mondiale, soit environ 2,5 milliards de personnes, sont désormais exposées au risque. La maladie est maintenant endémique dans plus de cent pays d’Afrique, des Amériques (y compris la Caraïbe), de la Méditerranée orientale, de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental.
D’une situation épidémique engendrée par la circulation d’un seul sérotype, le continent sud-américain évolue progressivement vers une situation hyperendémique dans laquelle les différents sérotypes vont circuler en permanence. Dans les années à venir, on peut probablement prédire une situation similaire à celle de l’Asie du Sud-Est. La dengue hémorragique pourrait alors devenir l’une des principales causes d’hospitalisation des enfants en Amérique du Sud .
Depuis l’identification en 1981 des premières formes hémorragiques de la dengue dans la Caraïbe, la Guadeloupe a connu en 1995 une première épidémie importante liée à la circulation prédominante du sérotype DEN-2 avec l’enregistrement de sept cas de forme hémorragique. En 2001, une épidémie associée au sérotype 3 a touché près de 5% de la population. En 2005, une nouvelle épidémie, largement dominée par le sérotype DEN-4, a néanmoins vu circuler de façon concomitante les sérotypes DEN-2 et DEN-3. Enfin, en 2007 et 2010 les dernières épidémies touchaient 5 et 10% de la population. En 2010, près de 250 personnes étaient hospitalisées et 9 décédaient de la dengue.


2/ Objectifs du PSAGE :

La lutte contre la dengue demande la participation coordonnée de multiples acteurs complémentaires, dans les domaines de l’épidémiologie, de l’entomologie, de la démoustication, de la clinique, de la biologie et de la communication sociale.
Le Programme de surveillance, d’alerte et de gestion des épidémies de dengue (Psage dengue) poursuit un double objectif :

• contractualiser le rôle et les missions que chacun des partenaires impliqués dans la lutte contre la dengue s’engage à tenir ;
• fournir les outils  nécessaires pour la conduite des différentes actions du programme dans les domaines de la surveillance épidémiologique et entomologique, de la démoustication, de la communication et de la prise en charge des malades.
Le Psage propose une graduation des stratégies de surveillance et de contrôle de la dengue en Guadeloupe, selon le risque épidémique, évalué à partir des résultats de la surveillance épidémiologique. Les stratégies devant être mise en place sont déclinées selon les quatre principaux domaines d’activité :
(1) Surveillance et investigations épidémiologiques et entomologiques ;
(2) Lutte contre les moustiques (lutte insecticide et mobilisation sociale) ;
(3) Communication : information des professionnels de santé, des responsables politiques et administratifs (Préfecture, DSDS, Conseil Général, Maires, Centres hospitaliers), information grand public ;
(4) Prise en charge médicale par le système de soins.

Le Psage dengue est animé par deux instances. : le Comité d’experts et le Comité de gestion de la lutte contre les épidémies :

* Le Comité d’experts, composé de techniciens, évalue la situation épidémiologique par rapport aux différentes phases et niveaux décrits dans le Psage.
 * Le Comité de gestion, composé de responsables administratifs et d’élus, a un rôle décisionnel vis à vis des réponses à apporter aux différentes situations du Psage diagnostiquées par le comité d’experts et veille à la mise en œuvre de ces de ces réponses.

Il existe un PSAGE pour la Guadeloupe et les îles proches et un PSAGE spécifique pour chacune des collectivités de Saint-Martin et de Saint Barthélemy.


3/ Les différentes phases du PSAGE :

Le programme de surveillance, d’alerte et de gestion des épidémies de dengue propose une graduation des réponses à apporter selon les périodes de l’endémo-épidémie.
Les stratégies et les activités à mener sont structurées selon 5 phases opérationnelles.

3.1/ Phase 1 : phase inter épidémique de transmission sporadique :

La transmission durant les périodes d’endémie (ou inter épidémique) connaît un rythme annuel saisonnier, faible ou sporadique durant la saison sèche, plus élevé durant la saison des pluies. La transmission est alors sporadique, en général de février à juin-juillet, durant laquelle les cas de dengue restent isolés, sans propagation de la maladie du fait de conditions défavorables (taux élevé d’immunité dans la population, absence de vecteur compétent…). Toutefois,  des alertes localisées à une commune surviennent régulièrement, pouvant correspondre soit à un réel foyer de transmission du virus de la dengue, soit à une infection par un autre virus.


3.2/ Phase 2 : foyers épidémiques, recrudescence saisonnière :

Elle correspond à l’apparition de foyers épidémiques parfois isolés, parfois plus nombreux et étendus. Ils apparaissent de manière concomitante et/ou successive, mais demeurent limités dans l’espace, en général pendant la saison cyclonique ou d’ « hivernage », entre juillet et janvier en général.

* Niveau 1 : foyers épidémiques isolés en période de faible transmission :

Un foyer épidémique peut être détecté, soit directement par le système de surveillance, soit à la suite des investigations menées autour des cas confirmés ou des cas suspects groupés.

* Niveau 2 : recrudescence saisonnière :

Les recrudescences saisonnières de la transmission de la dengue sont en général circonscrites à quelques communes.


3.3/ Phase 3 : pré alerte épidémique :

Durant la période inter épidémique ou de recrudescence saisonnière, une situation épidémiologique « anormale » peut être observée à partir de l’augmentation du nombre hebdomadaire de cas au-delà du seuil établi à partir des données de surveillance des années antérieures, témoignant d’une circulation accrue du virus. Cette augmentation peut être associée ou non à l’émergence d’un sérotype n’ayant pas été détecté depuis plusieurs années.
Ces signaux indiquent un risque de développement d’une épidémie et doivent être considérés comme une « pré-alerte épidémique ».

3.4/ Phase 4 : alerte épidémique

S’il apparaît qu’après deux semaines consécutives, les indicateurs de cas confirmés et de cas suspects continuent d’augmenter, la situation épidémique doit être déclarée et des plans d’intervention sont déclenchés.

3.5/ Phase 5 : fin d’épidémie :

Dès que le nombre hebdomadaire de cas confirmés se situe à nouveau en dessous du seuil épidémique pendant au moins 2 semaines consécutives et que le nombre hebdomadaire de cas suspects diminue régulièrement pendant plusieurs semaines consécutives.


4/ Actions mises en œuvre selon les différents contextes épidémiologiques :

4.1/ Phase 1 : phase inter épidémique de transmission sporadique :

Durant cette phase, il faut s’efforcer d’identifier et d’investiguer tous les cas confirmés et tous les cas suspects groupés afin d’évaluer et de valider localement la situation épidémiologique (cas isolé ou développement d’un foyer de transmission) et entomologique (mesure des indices larvaires).

Tous les cas confirmés de dengue sont transmis par la Cellule de Veille d’Alerte et de Gestion Sanitaire (CVAGS) au service de Lutte Anti-Vectorielle (LAV) par l’intermédiaire d’une plateforme internet. Ces cas font l’objet d’une intervention dans les meilleurs délais  de la part du service LAV. Elle concerne un périmètre d’une centaine de mètres autour du cas initial, au moins la douzaine de maisons situées immédiatement autour du cas. Cette enquête poursuit plusieurs objectifs principaux :

• rechercher activement des cas supplémentaires de dengue dans ce périmètre;
• rechercher les gîtes larvaires (photo 1) et supprimer les gîtes de reproduction des vecteurs ou à défaut les traiter (Bacillus thuringiensis) dans la mesure du possible ;
• détruire les moustiques adultes chez les cas à l’aide de pulvérisations intra-domiciliaire de deltaméthrine, ainsi que chez tous les autres cas suspects identifiés (photo 2) ;
• inciter la population à mettre en oeuvre les moyens de prévention.

Niveau 2 : recrudescence saisonnière :

En période de recrudescence saisonnière, l’investigation épidémiologique systématique des foyers n’est plus indispensable, dés lors que la circulation du virus a été établie dans une zone géographique (quartiers, commune). Elle doit cependant être maintenue dans les secteurs restés indemnes.
Les actions de lutte anti-vectorielle sont menées à l’échelle de la zone touchée (visites domiciliaires, intervention des services municipaux, actions de santé communautaire…).
La localisation de tous les cas de dengue doit être faite en continu et le plus exhaustivement possible par le système de surveillance afin de suivre l’extension géographique et d’évaluer les actions menées.


4.3/ Phase 3 : pré alerte épidémique :

En phase de pré-alerte épidémique, il est nécessaire de confirmer l’apparition d’une situation « anormale » et de documenter le risque de survenue d’une épidémie. Pour cela, il faut réunir le plus rapidement possible les informations épidémiologiques et virologiques, qualitatives et quantitatives, et de les corréler aux informations entomologiques, afin de se préparer au déclenchement  et au suivi des plans d'urgence.
Il est important de mobiliser les municipalités grâce à leurs référents « dengue » afin de renforcer au maximum les actions de lutte anti-larvaires dans les communes afin de limiter du mieux possible la transmission de la dengue. Des actions de communication et de mobilisation sociale de plus grande envergure sont lancées (mobilisation des relais et réseaux, des media, …). Outre la communication, les services de lutte anti-vectorielle concentreront leurs efforts autour de plusieurs axes, en priorité dans les secteurs identifiés de plus forte circulation virale :

     * Mise en place de pulvérisations insecticides. Toutefois, les phénomènes de résistance aux insecticides sont importants ;
     * Contrôle entomologiques de sites sensibles :
               o du fait du risque viral (cabinets médicaux et laboratoires d’analyses médicales et leur périphérie, …) ;
               o du fait des densités de vecteurs (zones d’accumulation de déchets métallique, de pneumatiques usés, cimetières, autres zones connues à forte densité de vecteurs) ;
               o du fait de la sensibilité des populations humaines (crèches, écoles, certains établissements médicaux ou médico-sociaux, …).

* Appui aux services techniques des municipalités.

C’est au stade de la pré alerte épidémique que les moyens de prévention déployés seront plus efficaces et plus efficients. Une fois que l’épidémie a débuté, il est très difficile de la contrôler.


4.4/ Phase 4 : alerte épidémique

Les moyens développés au § 4.3 seront renforcés. En particulier, la communication sera adaptée au contexte d’alerte épidémique et les pulvérisations insecticides intensifiées.

Outre l’importance de supprimer les gîtes larvaires (cf méthodes de lutte alternatives) de manière rigoureuse et régulière, il conviendra également d’éviter de se faire piquer (particulièrement pour les personnes malades) en utilisant des crèmes et des lotions répulsives ou des moustiquaires.


4.5/ fin d’épidémie :

Les professionnels de santé vont être informés de la fin de l’épidémie. Un bilan de l’épidémie sera fait pour, d’une part décrire le phénomène sur le plan épidémiologique, d’autre part présenter une synthèse des actions menées et des problèmes rencontrés.

 

5/ Conclusion :

La situation de la dengue va continuer à se dégrader dans la région et notamment en Guadeloupe. Des épidémies de plus en plus fréquentes et de plus en plus graves sont à craindre. Par ailleurs, le moustique Aedes aegypti vecteur de la dengue, constitue également un excellent vecteur du virus de chikungunya. Une épidémie de chikungunya aurait des conséquences sanitaires, économiques et sociales catastrophiques dans la région.

Les insecticides chimiques montrent de plus en plus leurs limites du fait en particulier du développement de phénomènes de résistance. Toutefois, la très grande majorité des gîtes de reproduction du moustique vecteur de la dengue pourraient être contrôlée sans aucun recours à ces molécules (voir « Les méthodes de lutte alternatives », rubrique « Moyens de lutte »). Compte tenu du faible rayon de vol d’Aedes aegypti, c’est à l’échelle de chaque quartier que les mesures de prévention doivent être mises en place. Chaque ménage devrait être en mesure d’assurer un « diagnostic moustique » dans son environnement domestique et inciter son voisinage à en faire de même. Les enquêtes réalisées par l’ARS montrent que la population connait la maladie et les gestes de prévention. Il est important d’agir sans attendre une épidémie qui pourrait faire de nombreuses victimes.


 

          1306_PSAGE synthèse.pdf
          Psage_dengue_18-09-07.pdf
          Annexes_Psage_13-08-07.pdf